Le CUBISME
ANNEXE
Au 7 rue Lemaître à Puteaux, en 1906, s'installe dans un des trois ateliers disponibles Jacques Villon (Gaston Duchamp) qui sera rejoint par son frère Marcel Duchamp et František Kupka. Le dimanche c'est tout un cénacle d'artistes et d'intellectuels qui se réunit là. Citons outre Raymond et Suzanne Duchamp, Gleizes, Léger, Metzinger, Picabia, Henry Valensi, Auguste Perret, Salmon, Apollinaire, Maurice Princet. On débat de mathématiques, d'art et de technique. On tourne autour du Cubisme et du Futurisme, parfois en les mêlant. On prépare les expositions aussi dont la première sera Le Salon de la Section d'or en 1912. Juan Gris fait souvent le lien avec ceux de Montmartre, Delaunay participe mais garde ses distances.
— Bien, bien, bien, mais qui est ce Maurice Princet ?
— Un mathématicien qui fréquentait le Bateau-Lavoir tandis que sa femme fréquentait André Derain et qui, du coup, est passé à Puteaux.
— Il y a des noms prédestinés !
Parlons mathématiques, sciences et avancées techniques de l'époque. En 1902 Henri Pointcaré publie un ouvrage que vous avez déjà lu (peut-être), si ce n'est fait vous le trouverez dans nos Annexes : La Science et l'Hypothèse. Nous vous en avons fait un PDF, mais sachant que certains ne le liront pas voici les grandes lignes pour ce qui a pu interpeller notre groupe de curieux :
Retrouvez-le page du divisionnisme par lequel sa curiosité, son esprit de système et sa capacité à théoriser et à mettre par écrit, trouva d'abord à s'exprimer. Avec Metzinger le regard sur le Cubisme va changer.
Jean Metzinger
Le Goûter
1911, Huile sur toile, 75,9 x 70,2 cm
Philadelphia Museum of Art
La Mona Lisa du cubisme, dixit André Salmon.
Jean Metzinger
Danseuse au café
1912, Huile sur toile, 146,1 x 114,3 cm
Albright–Knox Art Gallery, Buffalo, New York
Jean Metzinger
L'Oiseau bleu
1913, Huile sur toile, 230 x 196 cm
Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris
Un oncle Prix de Rome (Léon-François Comerre 1850-1916) marié avec une étudiante des Beaux arts (Jacqueline Comerre-Paton 1859-1955), peintre également, un sousin architecte, la carrière de Gleizes semblait tracée, mais non il préfère écouter Cézanne et délaisse l'art académique. Théoricien entreprenant il fréquente l'Accadémie de Créteil, une sorte de phalanstère où séjournent Duhamel et Vildrac.
(Puisque Vildrac apparaît ici nous vous plaçons L'oiseau blanc en annexe pour changer des textes de nos rappeurs.)
Bref, Gleizes écrit avec facilité, il va trouver un complice avec Metzinger. Ensemble ils organisent des expositions, publient des articles, ils vont cosigner Du "Cubisme" qui sort en 1912 à l'occasion de l'exposition dite de la Section d'or.
Globalement tandis que la "Cordée Braque Picasso" partie de Montmartre cheminait en avant, Gleizes et Metzinger avec ceux de Puteaux sur une voie parallèle tournée vers le même objectif les rattrapent et théorisent le parcours.
— dis donc, mine de rien on a échappé à un baratin sur la section d'or.
— Oui et au couplet sur madame Blavatski qui va avec.
(Bon, à la demande générale, ce lien vers une page autour de φ le Nombre d'or.)
Albert Gleizes
La femme aux phlox
1911, Huile sur toile, 81,6 x 100,2 cm
Houston, Musée des Beaux Arts
Gift of the Esther Florence Whinery Goodrich Foundation
Albert Gleizes
Portrait de Jacques Nayral
1910, Huile sur toile, 161,9 x 114 cm
Tate Modern, London
Jacques Nayral, journaliste écrivain, tué en 14.
Albert Gleizes
L'homme au balcon (Portrait du Dr. Théo Morinaud)
1912 (Armory Show), Huile sur toile, 195,6 x 114,9 cm
Philadelphie, Museum of Art
La grande guerre le transporte à New York où le cubisme sera bientôt mieux connu, et peut-être mieux compris, que chez nous où il disparaît pratiquement à la fin de la guerre. Gleizes, lui, persévère et pour satisfaire nos deux troublions opère un virage vers plus de spiritualité sous l'influence de rené Guénon, il se convertit en 41.
Albert Gleizes
Femme aux gants noirs
1920, Huile sur toile, 126 x 100 cm
Australie, National Galery
Formation assez classique chez Julian et J.P. Laurens. Plutôt Fauve au début (et à la fin) il fréquente le groupe de Puteaux et expose avec eux; il s'est construit son propre Cubisme.
Henri Le Fauconnier
L'Abondance
1911, Huile sur toile, 191 x 123 cm
Kunstmuseum Den Haag (La Haye)
Henri Le Fauconnier
Figures
1913, Huile sur toile
Leur grand-père Emile Nicolle est peintre et graveur, responsable des carrières de ses petits-enfants, par l'exemple et aussi par la fortune (courtier maritime).
Emile Nicolle
Rouen
1830, Huile sur toile, 63,5 x 91 cm
Vendu sur Invaluable à Düsseldorf
Jacques Villon 1875-1963
L'ainé et le plus discret, le plus sérieux aussi, Gaston Duchamp de son vrai nom. Graveur spécialisé en "chromos", participe pleinement à l'aventure cubiste dont il est une référence à l'Armory Show. Si vous passez à Metz allez voir ses vitraux de la chapelle du Saint-Sacrement dans la cathédrale (côté sud).
Jacques Villon
Fillette au piano
1912, Huile sur toile, 129,2 x 96,4 cm
New York, musée d'Art Moderne
Jacques Villon
Portrait de Marcel Duchamp
1913, Huile sur toile, 60 x 48,5 cm
Collection John Quinn, private collection
Raymond Duchamp-Villon 1876-1918
Sculpteur (autodidacte), il avorte ses études de médecine pour se consacrer à son art et au cubisme.
Mort trop tôt,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre
Raymond Duchamp-Villon
Athlète
1913, Bronze, 61 x 35 x 39 cm
Musée des Beaux-Arts de Rouen, rmn
Marcel Duchamp 1887-1968
Joueur de billard et d'échecs, Peintre raté qui échoue à entrer aux Beaux Arts, rigolard qui n'amuse que lui, après avoir essayé tous les styles il se résoud à faire ce qu'il fait le mieux : le pitre (Rose Sélavy). Ce seront les Ready made, urinoir et roue de bicyclette puis un surréalisme débouchant sur le n'importe quoi.
Marcel Duchamp
Le Roi et la Reine traversés par des nus en vitesse
1913, Huile sur toile, 114,6 x 128,9 cm
Philadelphie, Museum of Arts
Suzanne Duchamp 1889-1963
Impressionniste puis cubiste mais surtout dada et surréaliste, elle suit Marcel pour lui faire plaisir mais sans doute désolée de ses dérives.
Suzanne Duchamp
Le Readymade malheureux de Marcel Duchamp
1920, Huile sur toile (gouache sur papier ?)
Public domain US
Après les cubistes incontestables que nous venons de voir brièvement il nous faut également évoquer des peintres qui flirtèrent avec le mouvement et sont parfois ainsi qualifiés, mais qui pratiquèrent un cubisme édulcoré dans lequel seul un parti pris géométrique et une simplification des formes et des couleurs justifient ce rattachement au groupe :
Bordelais formé sur place mais surtout autodidacte qui expose à partir de 1912 un cubisme simplifié, très accessible et plutôt esthétique. Une forme de classicisme modernisé.
André Lhote
Paysage français
1912, Huile sur toile, 89 x 116 cm
Musée des Beaux-Arts de Bordeaux
André Lhote
L'Escale
1913, Huile sur toile, 210 x 185 cm
Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris
André Lhote
Baigneuses
1917, Huile sur toile, 97 x 130 cm
Musée des Beaux-Arts de Caen
Retrouvez-le dans les pages principales ICI.
Protéïforme, Picabia, ami de Pissaro et Sisley, entame une carrière d'Impressionniste et de Barbizon, ami aussi de Braque et Marie Laurencin il va bifurquer vers le groupe de Puteaux, Cubiste quelques années, c'est vers Dada et le Surréalisme qu'il est emporté avant de sombrer dans l'Abstraction
Francis Picabia
Tarentelle
1912, Huile sur toile, 73,6 x 92,1 cm
New York, Museum of Modern Art
Le cubisme de Léger est une simplification de la démarche intellectuelle des fondateurs. Cézanne serait content qui voulait des cônes et des cylindres, les plans se superposent dans un espace traditionnel.
Fernand Léger
La Couseuse (Mère de l'Artiste)
1910, Huile sur toile, 73 x 54 cm
Centre Pompidou, photo Philippe Migeat
Une formation solide chez Julian et une autonomie qui va le conduire vers l'abstrait et le musicalisme, un art qui prétend faire sentir le mouvement par les "vibrations" des couleurs. En 1942 il est organisateur du Salon de la Section d'or.
Henry Valensi
Moscou, la Sainte
1912, Huile sur toile, 87,5 x 114,8 cm
Centre Pompidou, photo Audrey Laurans
Formé par Denis et Sérusier, également sculpteur. Géométrise mais ne décompose pas.
Roger de La Fresnaye
Homme assis (L'architecte)
1914, Huile sur toile, 131 x 162 cm
Rouen, musée des beaux-arts